Infravisuel – La vie-matériel

WHAT'S UP DOC ?

Si la forme dominante de « l’image-objet » ne semble que peu contestée, c’est sans doute parce que sa destination ne l’est pas non plus : l’exposition et son incontournable white cube. Considéré comme seule destinée viable pour les pratiques artistiques, le white cube est posé par principe comme idéal primordial. Il est omniprésent, du musée à la galerie, allant jusqu’à transformer l’apparence des maisons des collectionneureuses.

Or le white cube n’est pas qu’un simple contexte, il est avant tout une césure. Une coupure nette entre « monde artistique » et « monde réel ». Le white cube est une version abstraite du monde. Si le white cube est une utopie, il se révèle plutôt être un cauchemar. Un cauchemar du type « moderniste », qui se rêve sans ailleurs, absolument déconnecté et dominant ce qui l’entoure. Sa soi-disant autonomie, niant ce qui ne le compose pas, n’est évidemment qu’une construction, à laquelle il est possible de ne pas se soumettre.

En retour, le white cube contraint les œuvres qui cherchent à y exister. En s’imposant comme forme nécessaire de présentation, le white cube exacerbe les qualités visuelles et confère une faiblesse absolue aux autres possibles de l’art. La seule force que le white cube impulse aux œuvres est une force centripète. Alors que de nombreuses œuvres prétendent poser un point de vue « sur le monde » pourquoi privilégier une finalité et un contexte voulant s’en isoler entièrement ?

Le second point à invoquer est la place acquise par le marché de l’art. Non pas sa raison d’être (la vente d’œuvre n’est pas un problème in fine), mais plutôt son statut de passage obligatoire pour homologuer une œuvre/une pratique artistique. C’est la question de la marchandisation des œuvres qui, en retour, vient leur imposer une forme idéale. La spéculation intense touchant le marché de l’art transforme les œuvres en produits parmi d’autres et entraine la valorisation absolue des formes hypervisuelles et reconnaissables, immédiatement identifiables comme « artistiques ». Sans surprise, le marché est davantage le lieu du réflexe que de la réflexion.

La surexploitation des réseaux sociaux dans la diffusion des pratiques artistiques contemporaines ne fait, bien entendu, que renforcer cette dynamique. L’art le plus en vue et le plus reconnu est donc un art avant tout facile à communiquer, à relayer : un art qui séduit l’œil, mais épargne l’esprit. Une telle tendance me semble conduire à un rapprochement définitif entre l’art, la mode et le design, élimant la particularité que peut endosser la pensée artistique.